Vendredi 2 décembre 2005

Claude Levi Strauss commence son « Tristes Tropiques » par une phrase pour le moins étonnante, limite provocatrice : « Je hais les voyages » !!! Pour l’ethnologue, le scientifique, l’aventure est une servitude, un poids sur le travail, pour les joyeux lurons que nous sommes, le voyage, au fil des mois et des continents est devenu un mode de vie, un rythme évident, un rythme fantastique, mais parce que nous ne sommes nomades qu’a mi-temps, il a bien fallu un jour rentrer… Nous sommes en France.

                          

 

La fin de l’histoire ? 70 heures dans un wagon russe, dernières partie de cartes, ultimes vodkas, derniers visages bridés, kazakh ou kirghize, fou rire et rencontres, nous sommes des voyageurs, des ovnis, passage furtif gastronomique et culturel autour de la place rouge, 15 heures de garde a vue a la frontière Ukrainienne pour une stupide histoire de photo décollée sur un passeport. Kiev, de la neige, regards inquiet sur nous, nous sommes maintenant des marginaux, des clochards, train, quelques nuits a la gare de Bratislava, bus et fatigue et il ya une semaine nous arrivons en terre promise….Ptit rouge au bar des douanes de la frontière a Genève, les potes a Bellecombe, la triplette fromage (In Raclette, Tartiflette, Fondue we Trust) et puis la séparation des compères, du team de choc… et les retrouvailles familiales, le Bonheur. Le Tour du Monde en 380 jours. THE END….

Alors ? Alors il est sûrement trop tôt mais voici un peu l’état d’esprit. c’est dur de mettre des mots sur tant d’émotions, de rencontres, de surprises, de cultures, de parfums, de paysages, de musiques, de saveurs, de couleurs, de visages et surtout de sourires.

Yecraud - Tamil Nadu

Le monde qu’on ramène est multiple et déborde d’amour et d’espoir alors forcement on s’attache. On s’attache a ce vieil estropie croise sur un quai de gare en Inde qui après une vie de mendicité, les yeux brillant vous explique qu’il est passé sous un train a 13 ans et que depuis avec le sourire il attend patiemment sa prochaine vie, on s’attache  a ce bûcheron Kirghize, pauvre bourge sans le sous, ours aux yeux d’agneau, qui  a l’aurore, nous allume le feu et nous prépare le thé  tout en buvant sa première gorgée de vodka, on s’attache a ces mexicains qui prennent soins de vous comme si vous étiez de la famille, a ces babouchka qui dans des maisons au mur de tapis vous reçoive a table comme si nous étions des rois, a cet homme au bord d’une route entre le Taklamakan et le Tibet au milieu du désert qui vent ses pastèques avec son plus beau costume, une classe un peu oublié chez nous,  a la nature aussi, aux paysages dorés de la steppe, a l’eau turquoise de la mer de chine, a la tortue qu’on déloge sous les coraux, au fidèle cheval qui nous accompagne, et puis surtout on s’attache aux plus petits qui vous parlent comme des hommes, travaillent comme des hommes sont fier comme des hommes mais dont les larmes sont celles d’enfants. De belles leçon de vie. Alors après c’est comme partout, les femmes sont coquettes, belles et les regards interminables, les enfants, curieux, futés et joueurs, les hommes, digne, fier et fraternel, bien sur il y a  des embrouilleurs, des gangsters, de l’indifférence, de l’incompréhension, des coups de gueule, mais les tropiques, vraiment nous en garderons le souvenir de la civilisation du sourire, de l’accueil. Plus en Inde qu’en Chine et plus au Kirghizstan qu’en Inde ? Pas de comparaisons, une règle qu’on a vite compris c’est celle-ci. Dans ce type de voyage, le problème, c’est qu’il faut avancer alors on rencontre beaucoup de gens, parfois très différent, quand on  passe du Mexique, a la Nouvelle-Zélande puis a la Malaisie, il faut s’adapter, apprendre, comprendre, repartir a zéro, enfiler son costume d’observateur, laisser celui d’acteur, c’est parfois dur, car certaines choses sont pénibles, incompréhensible, mais vite on comprend que la diversité, c est la richesse. Une planète, 10 000 façons de dire bonjour.  Après on est un peu acteur quand on repeint une léproserie, quand s’occupe d’enfants ici et la. On rencontre alors des gens formidable, ceux qui donnent leur vie pour les autres, on apprend encore et puis on repart le cœur un peu lourd, chacun sa route. On avance au fil des idées, des rencontres, on butine, on se dit qu on aurait du passer plus de temps ici, qu’il faudrait dix ans faire le voyage idéal, mais on se dit aussi que la préparation du voyage, l’observation des cartes a  la lueur d’une lampe, c’était magique, c’était un rêve, mais que le rêve on le vit, que c’ est plus beau, plus bouleversant qu’on pensait, qu’on pouvait l’imaginer en fait, 380 jours c’est assez long pour vivre ce rêve, le construire, l’analyser et y replonger.  1100 heures de transport, en bus, train, moto, cheval, bateau, a pied et même en radeau !! 130 lits différents, des centaines de rencontres, parfois monotone, souvent bouleversantes, ça fait autant d’anecdotes à raconter, 33 kg de perdu (a deux !) pour gagner 1000 souvenirs inestimables mais difficile a partager. Ce sont nos trésors, tellement précieux qu’il faut y aller pour les trouver, des regards, des lumières, des modes de vie, c’est urgent « Dans quelques centaines d’années, en un même lieu un autre voyageur pleurera la disparition de ce que j’aurai pu voir et qui m’a échappé » -C.Levi Strauss- . Ce voyage était en fait une invitation a repartir, on a l’impression d’avoir fait un titititi bout de chemin, on nous a beaucoup donné, on peut juste témoigner : Oui le monde est merveilleux, pas (encore) complètement globalise, et n’en déplaise a certain la nature humaine est courageuse, digne et pleine d’amour. Terminons et bien avec Lévi Strauss «  En pensant a vous, selon votre usage, par vos prénoms si baroque pour une oreille européenne, mais dont la diversité exprime le privilège qui était encore celui de vos pères, de pouvoir librement de toutes les fleurs d’une humanité millénaire, cueillir le frais bouquet de la votre : Yarida, Gregorio, Chocho, Enedina, Poyo, Gildas, Ranku, Ram, Dipa, Raj, Bapu, Amara…

Amara

C’est sans ironie que j’évoque cette période balbutiante. Bien au contraire elle m’a enseigné une leçon : celle de la précarité des avantages conféré au temps. Pensant a ce qu’était alors l’Europe et à ce qu’elle est aujourd’hui, j’ai appris en vous voyant franchir en quelques années, un écart intellectuel qu’on aurait pu croire de plusieurs décennies, comment disparaissent et comment naissent les sociétés, et que ces grands bouleversements de l’histoire qui semble dans les livres, résulter du jeux des forces agissant aux cours des ténèbres, peuvent aussi, en un clair instant, s’accomplir par la résolution virile d’une poignée d’enfants bien doués » Tristes Tropiques - 1954 – Voilaaaa !!!! Nous c’était gai !!! Sûrement des bonus photos par la suite… A bientôt, Salut et Merci pour les quelques 9000 visites.

par Alban² publié dans : Turkestan
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Commentaires

vous avez osé le déséquilibre de la rencontre de l'autre si different. Par ce site, vous nous invitez au voyage qui nous fait passer du :'je pense donc je suis" au "je pense donc tu es".
ce voyage est une invitation ou une initiation?. a suivre.... Albanx2, chaque FIN de quelque chose contient le DEBUT d'une nouvelle .....à découvrir; vous le savez mieux que quiconque.
commentaire n° : 1 posté par : scarébeo le: 03/12/2005 20:20:43
"L'impulsion du voyage est l'un des plus encourageants symptômes de la vie." (Repplier)
Ce qui veut dire que tout ceci est de très bonne augure pour la suite de votre vie... Bravo bravo bravo
commentaire n° : 2 posté par : tanguy le: 10/12/2005 21:05:20
Bonjour ! J'ai voulu visiter l'album de la Nouvelle Zélande mais certaines photos n'apparaissent pas (carré blanc ?)... Je voulais vous en informer car je ne crois pas que cela soit bien normal ?!? Je reviendrai vous voir.
commentaire n° : 3 posté par : Florence (site web) le: 04/01/2006 11:11:32

En effet...des carrés blancs....je sais pas pourquoi, ce sont les miniatures qui ne marche pas, par contre en defilant les photos en grand format, ca marche.. de plus, on ne peut faire que 10 albums photos, donc on a bcp mis dans les articles, voilaaa..

commentaire n° : 4 posté par : Alban le: 04/01/2006 12:37:34
bravo. C'est super ce que vous avez fait et le regard que vous avez porté dessus. On comprend d'autant mieux votre vecu (pas facile qd meme a travers un blog; les emotions dovent surement etre inenarrables!) quand on a (comme moi) en meme temps lu "Africa Trek" par Alexandre et Sonia Poussin... Le monde est partout different, mais ceux qui le traversent en retirent un peu les memes sagesses, les memes leçons, on dirait...
commentaire n° : 5 posté par : civetta (site web) le: 11/01/2006 16:44:07
euh.. seriez-vous par hasard belges? je demande ça a cause de l'expression "c'etait gai", typiquement belge...
commentaire n° : 6 posté par : civetta (site web) le: 23/01/2006 00:10:55

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