
Alor le Kirghistan.... Un changement radical par rapport a nos peripeties chinoises...du changement aussi par rapport aux paysages, et surtout...et surtout par rapport aux personnes... Nous avons passe deux semaines au fin fond d'une vallee steppique, a la frontiere kazakh, a la lisiere des montagnes enneigees qui culminent ici a plus de 7000 m au pic Bogda, le plus haut de l'ex URSS...De l'air, une lumiere qui transforme la vallee en or, des ombres de soleil qui font passer les collines pour des vagues, des couleurs nouvelles a l'oeil, et au dessus de tout ce petit repertoir de bonheur, des habitants aux moeurs et personnalites touchantes et controversees...

Deux semaines a cheval, a la vodka aussi, dans l'atmosphere d'un monde oublie, au milieu d'une vallee aux dimensions extravagantes, aux senteurs d'automne, de ferme, de sapin, de feux de camps, de viande grillee, avec l'oreille indefiniement titillee par le tumulte du ruisseau proche qui deferle les neiges qui se font et se defont quotidiennement a l'apporche de l'hiver...

Alor les amis, c'etait le bonheur... Notre campement qui s'avere avoir ete le plus elabore de tous, avec four, essoreuse, machine a linge, machine a vaisselle, terrasse, matelat de 20 cm d'epaisseur...oui on a tafer un chouya...s'est transforme en squat de tous ces habitants du bled situe a 3 km de l'autre cotee de la vallee, derriere la riviere.

Des journees rythmees au soleil, leve aux alentours des 7h et couche au maximum vers les 9h, et oui adios el sol vers les 17h30...

Comment sommes nous arrives la? et bien, apres avoir vise Karakol, ville a l'est du lac Issik Kul, sur les conseil de Mr Asie Centrale, Mr Rene Cagnat, nous avons commence par deux autres vallees, entre des montagnes aux pics enneiges, l'une Ak Suu et l'autre Altin Arachan, trois jours a cavaller le long de rivieres impossibles a traverser, sous un soleil pratiquement omni present, sous le chant des mesanges et pies qui peuplent les sapins, a la recherche du village perdu au milieu d'un paysage idylik!

C'etait beau, c'etait grandiose, et puis cette soiree dans les sources d'eau chaude apres des heures de marche...trop bon...mais il manquait ce pour quoi nous etions la...les kirghises...Alors de retour sur Karakol, nous avons hesite, pas trop longtemps non plus, entre partir vers le sud et retenter notre chance dans une autre region qui sonnait bien, surtout que l'hiver approchant nous diminuait les chances de campements sympas, ou plutot d'aller encore plus vers l'est, aller a la recherche du village paume...Et puis le fait de se trouver a quelques lieux d'un endroit historique de quelque 7 siecles ne pouvait qu'attiser en plus notre curiosite...

alor nous voila parti vers l'extreme nord est du kirghistan, frontalier du kazakh et de la chine...le bus s'arrete la, c'est le terminus, mais ce n'est pas comme on le souhaite, et bien nous voila parti sur la route avec l'espoir de tomber sur le tresor, plus loin, toujours plus loin...Soiree dans une ferme dont la famille nous accueille a coup de salade de tomates, the, pains garnis, et biensur vodka...nous jouerons toute la nuit aux cartes, le dourak, l'idiot du village, avec le pere qui enchaine les verres de vodka et le fiston, tous deux trichant comme ce n'est pas permis...Camion, voiture, nous voila la...!!

Ca s'appelle trity Firma, la region c'est Karkara, la commune c'est San Tash. San tash, cela veut dire le comptage de pierre, c'est en memoire a l'epopee Tamerlan, qui pour connaitre le nombre des victimes de son armee, demandait a ses soldats d'apporter chacun une pierre, et lors du retour de guerre, demandait a chacun d'eux d'en retirer une du tas...le restant etant ses pertes... et bien c'est la que nous avons etabli domicile...Le tas fait un bon 700m cube de pierres, c'est assez collosal!

Nos amis du village...plus que sur les doights des deux mains...des jeunes, des moins jeunes, tous une poigne a vous broyer la main, le regard creux, le sourire blafard si present, des trapus au coeur d'or...mais pourris par la vodka et la misere...Nous avons passe des soirees et des journees memorables avec ces peronnalites qui sont empressees de communiquer, mais aussi empressees de votre argent... et surtout empressees de boire.

Nous avons ete chasser le sanglier a cheval, sans en voir un malheureusement, de grandes ballades a cheval ou a pied a travers ses etendues infinies, coupage de bois avec les bucherons et puis longs moments a discuter comme on peut autour de bouteilles de vodka qu'ils enquillent comme des sauvages...on a pris tres cher!!

Les kirghises sont touchants par multiples aspects...Ils vous apprennent a recevoir, ils vous apprennent leur moeurs avec empressement, ils s'enquiert de votre famille, de votre vie avec une curiosite spontanee, ils mettent tres haut la valeur de l'amitie (lui c'est mon Bratan (grand frere), a la vie a la mort!) la discussion est fournie en explications, en gestuelles, le sujet est perceptible, le fond aussi, l'argumentation absolument pas! Oui on ne parle pas leur langage! Efin bon, maintenant on sait dire renard, feu, bois, hache...

C'etait bien, c'etait chouette!

Ils sont impressionnants aussi! ce jeune de 14 ans qui coupe des troncs a la hache a une main en moins d'une minute, cet Altimbek qui termine les bouteilles a 8h du mat en nous reveillant, les restes qui pourraient tuer un ours, mais notre ours prepare notre feu, nous prepare le the du reveil, discute 1 petite heure et s'en va couper le bois du village...Il squatera notre campement pour la journee, a boire du the, a se faire a manger et a ecouter le mp3, et quand nous rentrerons de notre viree equestre a travers la steppe, nous aurons un feu, du the.

Ce sont des emotions assez controversees, ils sont accueillants, ils sont fiers, ils sont enjoues, ils sont chaleureux, ils sont rieurs, mais ils sont miserables, ils sont alcooliques, ils sont deseperes au point de pouvoir perdre une dignite qui est notable, apres un certain nombre de bouteilles de vodkas...

Le Kirghistan que nous quittons demain est triste, chaleureux mais triste, malgre ces jeunes qui montrent une perspicacite et un volontaire hor pair a apprendre et a s'en sortir...


























